Politique et religion sanitaire

Ce que l’on appelle la Grande Noirceur est certainement l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du Québec. Le gouvernement et le clergé entretenaient des rapports étroits et se soutenaient l’un l’autre. Le gouvernement, qui finançait les œuvres du clergé et maintenait sa prépondérance dans les domaines de la santé et de l’éducation, bénéficiait en retour d’un puissant réseau d’influence, que ce soit pendant les campagnes électorales, ou pour inculquer aux Canadiens-Français une docilité et un respect de l’autorité les rendant plus faciles à manier.

Dans les écoles, on enseignait le catéchisme aux enfants. Une forte censure était exercée en matière de religion et de politique, ce qui se manifestait dans les journaux, mais aussi dans les collèges classiques administrés par le clergé – ce qui a sans doute entravé la formation de milieux culturels, artistiques et intellectuelles libres, tant l’atmosphère devait être suffocante pour qui n’entendaient pas se satisfaire des vérités et des valeurs enseignées par le clergé.

Les curés exerçaient une influence considérable sur les mœurs, surtout dans les campagnes. Les filles-mères, comme on les appelait alors, étaient envoyées dans des couvents pour accoucher et y restaient parfois, et leurs enfants étaient élevés dans des orphelinats administrés par le clergé. Il n’était pas rare que les enfants qui résidaient dans ces institutions y soient battus par les bons frères et les bonnes sœurs chargés de les élever, quand ils n’étaient pas violés. On a même trafiqué le dossier médical de certains d’entre eux pour les déclarer déficients intellectuels et les placer dans des instituts psychiatriques, où il leur arrivait de servir de cobayes pour des expériences médicales. C’est d’eux qu’il s’agit quand on parle des « orphelins de Duplessis ».

Le gouvernement avait les mains libres et pouvait gérer les affaires publiques comme si c’étaient ses propres affaires. Il offrait d’excellentes conditions aux entreprises américaines pour qu’elles viennent s’installer aux Québec et exploiter nos ressources naturelles. Les travailleurs qu’employaient ces entreprises étaient exploités et les grèves étaient violemment réprimées, le gouvernement assimilant les mouvements syndicaux à la menace communiste.

À partir de la Révolution Tranquille, le gouvernement est devenu moins autoritaire. La séparation entre les autorités politiques et religieuses est devenu un principe fondamental du nouvel État québécois. L’éducation et la santé sont devenus des prérogatives de l’État. Des universités et des collèges publics ont été fondés et les hôpitaux ont été prises en charge par des administrations publiques. On forma des professeurs, des enseignants et des infirmières laïcs pour remplacer les bons frères et les bonnes sœurs. Les services sociaux se développèrent, l’éducation supérieure devint plus facilement accessible aux jeunes qui venaient de milieux populaires, les conditions de vie des travailleurs s’améliorèrent, et les organisations syndicales cessèrent d’être considérées par le gouvernement comme des instruments de subversion communiste et des menaces pour la société. Bref, un vent de liberté souffla sur le Québec, les ténèbres se dissipèrent, et ceux qu’on appelait les Canadiens-Français s’émancipèrent du pouvoir et de l’influence du clergé et devinrent des Québécois.

Malgré tout, les effets de l’influence délétère que les autorités religieuses ont eu sur les Québécois, pendant plusieurs décennies et même deux siècles, ne sont pas si faciles à effacer. Les habitudes de servitude ne disparaissent pas en claquant des doigts, surtout si on ne s’efforce pas activement de les neutraliser ou de les déraciner. Elles peuvent très bien continuer à exister sous une forme peu visible, et se montrer au grand jour quelques générations plus tard, sous une forme nouvelle et au goût du jour. La partie n’est donc pas gagnée, et les Québécois doivent garder l’œil ouvert pour ne pas retomber dans un nouvel âge des ténèbres, peut-être pire que le précédent. Et c’est peut-être ce qui est en train de se passer.

Certes, ce n’est pas un retour en force du clergé catholique que nous avons à craindre, et une collaboration entre les autorités politiques et les autorités catholiques pour nous asservir. La population québécoise est beaucoup moins homogène qu’elle l’était il y a 60, 70 ou 80 ans : les immigrants de première, de deuxième et de troisième génération, qui constituent une partie relativement importante de la population québécoise et qui souvent ne sont pas catholiques, accepteraient difficilement cette ingérence du clergé catholique dans la politique et des domaines comme l’éducation et la santé, sauf peut-être si on accordait les mêmes droits à leur religion respective, ce qui compliquerait certainement les rapports des autorités politiques avec ces différentes autorités religieuses, sans parler les rapports de ces autorités religieuses les unes avec les autres. Quant aux Québécois « de souche », plusieurs d’entre eux sont athées ou agnostiques, et beaucoup de ceux qui se disent croyants n’accepteraient pas que le clergé catholique se mêle de politique, d’éducation et de santé, et s’ingère dans leur vie pour leur faire la morale et exiger d’eux qu’ils se conforment aux dogmes de l’Église.

La menace est donc toute autre. Elle prend même une forme inusitée en la personne des représentants de la Santé publique qui sont aux devants de la scène depuis la venue du Virus. Pourtant, elle procure au gouvernement des avantages semblables à ceux que procurait la religion chrétienne aux rois et aux empereurs des siècles passés, en appuyant leur autorité sur celle de Dieu, incomparablement plus grande. À l’inverse, cette nouvelle religion donne aux détenteurs du pouvoir religieux une telle prise sur le pouvoir politique qu’ils peuvent se le subordonner, de manière semblable aux papes et aux prélats du passé qui pouvaient se servir des pouvoirs politiques pour servir leurs propres fins (religieuses ou politiques), et même se soumettre les rois et les empereurs en les excommuniant ou en les menaçant de les excommunier – ce qui autorisait les autres rois à revendiquer leurs couronnes et à prendre les armes contre eux, ce qui autorisait aussi leurs sujets à ne plus reconnaître leur autorité et même à se révolter contre eux, ce qui ne manquait pas de se produire quand le clergé d’un royaume frappé d’interdit recevait l’ordre de ne plus célébrer la messe et les autres rites. Ce n’était donc pas sans danger, même pour les rois et les empereurs les plus puissants, de chercher à renforcer et à justifier leur autorité en l’appuyant sur une autorité religieuse supérieure, puisque les détenteurs bien terrestres de cette autorité religieuse prétendument supérieure pouvaient en venir tôt ou tard à se retourner contre eux. C’est ce qu’avait compris Henri VIII qui, en plus d’être roi d’Angleterre, se déclara chef suprême de l’Église anglicane, après avoir rompu avec l’Église catholique romaine.

Mais qu’est-ce que ces considérations historiques peuvent bien avoir à voir avec la situation actuelle ? Nous ne sommes ni au Moyen Âge ni à la Renaissance ! En quoi cela nous concerne-t-il ?

C’est que les nouvelles autorités sanitaires ont des caractéristiques en commun avec les autorités religieuses du passé, et constituent une grave menace pour les citoyens québécois, et pour les citoyens de nombreux autres pays. Leur récente entrée sur scène est d’autant plus dangereuse que nous sommes asservis dans tous les cas, peu importe si ce sont les autorités politiques qui utilisent les autorités sanitaires pour accroître leur pouvoir sur nous, ou si ce sont les autorités sanitaires qui utilisent les autorités politiques pour s’imposer à nous, ou si les autorités politiques et les autorités sanitaires s’entraident pour nous assujettir. Et peu importe aussi si les autorités politiques et les autorités sanitaires agissent pour leur propre compte, ou si elles sont en fait des marionnettes dont d’autres tirent les ficelles. Et peu importe enfin si la nouvelle religion sanitaire est un outil pour nous rendre plus obéissants et malléables, ou si ces autorités participent de bonne foi au grand délire sanitaire. Dans tous les cas nous sommes perdants. Nous sommes le jouet des calculs ou de la folie des autorités politiques et des autorités sanitaires, comme l’étaient autrefois les sujets des rois et les fidèles de l’Église.

Mais venons-en au fait. Quelles sont les caractéristiques des autorités sanitaires, de leur doctrine et de leurs pratiques qui nous permettent de les considérer comme de nouvelles autorités religieuses, et même comme une sorte d’Église ?

 

La Santé comme bien suprême et idéal absolu

Les autorités sanitaires n’agissent pas seulement en médecins et en scientifiques. Car même si ces derniers accordent nécessairement une certaine importance à la santé, même s’ils peuvent exhorter les patients ou leurs concitoyens à faire attention à leur santé, à prendre certaines précautions pour protéger la santé des autres, et à changer certaines habitudes jugées nuisibles, ils ne vont généralement pas jusqu’à essayer de faire de la santé – la sienne et celles des autres – un bien suprême, une priorité presque absolue à laquelle doivent être subordonnées les autres valeurs, et au nom de laquelle il faut, en tant que collectivité, faire toutes sortes de sacrifices qui, bien que considérables, sont considérés comme infiniment moins important que la sacro-sainte santé. Tout au plus les médecins et les experts, assistés ou encadrés par des bureaucrates, essaient-ils parfois de modifier la législation pour protéger la santé de leurs concitoyens, par exemple contre la fumée de cigarette. Du moins était-ce ainsi avant la venue du Virus

Maintenant les autorités sanitaires ont réussi à nous imposer la Santé comme absolu, et pour beaucoup à nous la faire accepter. Il ne s’agit pas seulement d’une préférence relative pour la santé, comparativement à la maladie et la mort qui peut en résulter, laquelle ne considère pas comme scandaleuse la maladie et la mort, et est même compatible avec une acceptation de celles-ci si elles sont inévitables, ou si elles peuvent seulement être évitées, atténuées ou retardées grâce à des moyens qui ont trop d’inconvénients, par exemple des problèmes de santé plus grands, de grandes souffrances, la prise en charge de manière permanente de la vie par le système hospitalier, une perte de qualité de vie suffisamment grande pour enlever sa valeur à la vie, ou une intervention continue des autorités sanitaires dans la vie sociale et privée et incompatible avec la liberté. Non, ce à quoi nous avons affaire, ce n’est pas à la santé, mais à la Santé. Cet absolu doit être en permanence le but des efforts conjugués du gouvernement et de toute la société même s’il est irréalisable, ou justement pour cette raison.

Peut-on ne pas être exposé à tomber malade et à mourir quand l’on a plus de 80 ans ? Les êtres humains ne sont pas immortels, et c’est donc dans l’ordre des choses que l’on puisse tomber gravement malade et mourir à cet âge avancé. Mais l’absolutisme sanitaire ne saurait s’accommoder d’un constat aussi terre-à-terre, qui lui semble même scandaleux. Si les aînés tombent plus souvent gravement malades et meurent à cause du Virus, c’est qu’ils sont des personnes vulnérables et des victimes d’une injustice intolérable. Tous les êtres humains ont le droit à la Santé et à la Vie, surtout les personnes vulnérables ! Si bien que notre mortalité, au lieu de relativiser et de modérer la valorisation de la santé et de la vie, devient l’un des piliers de l’absolutisme sanitaire.

Les fanatiques et les tartufes de la Santé peuvent donc s’en donner à cœur joie. Comme il fallait à nos ancêtres chrétiens vivre pour gagner leur ciel et mériter la vie éternelle, il nous faut désormais vivre pour réaliser l’idéal inatteignable de la Santé et retarder toujours plus longtemps et coûte que coûte la mort, surtout celle des personnes vulnérables au Virus. Notre vie terrestre, dans ce qu’elle a de plus concret, doit donc être sacrifiée à l’absolu de la Santé, comme avant elle devait être sacrifiée à une félicité qui vient après la mort. Et la politique doit quant à elle être conçue comme un moyen d’atteindre ou de tendre collectivement vers cet absolu irréalisable. Si aujourd’hui c’est contre le Virus que nous devons lutter, demain et après-demain ce sera contre autre chose, si cette religion conserve son empire sur nous. Et s’il faut sacrifier à cette quête de la Santé notre santé concrète ou les conditions d’existence de cette santé, c’est là un mal nécessaire. Car il ne s’agit pas de la santé, mais de la Santé. Sans compter que les problèmes de santé susceptibles de découler de la quête fanatique de la Santé – dus au report des interventions chirurgicales, de certains traitements et des consultations médicales, aux effets secondaires possibles des fameux « vaccins », à la transformation pour le pire des habitudes de vie et aux effets du saccage économique sur les systèmes de santé publics et l’accès aux soins de santé – pourront justifier indéfiniment la poursuite de cette noble quête, car aujourd’hui c’est le Virus qu’il faut combattre, mais demain ce pourrait être justement les troubles de santé causés par cette lutte acharnée contre le Virus. Les autorités religio-sanitaires ont besoin de nos problèmes de santé pour poursuivre leurs œuvres sanitaires, être généreusement financées et justifier leur ingérence dans la politique et dans notre vie, de la même manière que l’Église a besoin de la pauvreté et de la misère pour pouvoir poursuivre ses œuvres caritatives, obtenir des donations et justifier sa participation dans des entreprises caritatives et son influence persistante dans certaines sphères de la société.

Mais de quel droit les autorités politiques et sanitaires ont-elles décidé, sans nous consulter, que l’absolu de la Santé doit gouverner nos vies et les affaires publiques ? Rien dans nos lois constitutionnelles et dans nos chartes des droits et libertés ne donne une telle importance à la santé, et permet de l’ériger en absolu moral, politique et encore moins religieux. Tout au plus lui reconnaît-on une valeur relative, au même titre que la liberté, l’égalité, l’éducation et la prospérité économique. N’est-ce pas une ingérence des autorités religio-sanitaires dans le domaine de la politique et dans nos vies ? N’est-ce pas une tentative des autorités politiques d’accroître et d’étendre leur pouvoir grâce cette religion sanitaire ? N’est pas une tentative de subordonner notre vie à un idéal sanitaire irréalisable et même chimérique ?

 

Unité doctrinale à l’échelle nationale et internationale

Point de salut sans l’état d’urgence sanitaire. Point de salut sans le confinement. Point de salut sans les vaccins. À peu près comme on disait, il y a des siècles, qu’il n’y avait point de salut en dehors de l’Église.

Voilà trois dogmes sanitaires largement partagés par les autorités politiques et sanitaires occidentales. On peut donc dire qu’il y a une certaine unité doctrinale à l’échelle nationale et internationale. Les opposants – députés, médecins, infirmières chercheurs, intellectuels ou simples citoyens – ont donc intérêt à faire attention à leurs fesses ! Presque tous les moyens sont bons pour maintenir l’orthodoxie politique et sanitaire après une déclaration hérétique ou mécréante un peu trop publique : campagnes de salissage ciblant des personnes ou des groupes de personnes, sanctions disciplinaires, suspensions, congédiements, comparution devant des comités ou des commissions pour les médecins et les scientifiques, menaces de poursuites pour avoir soutenu des positions criminelles susceptibles de mettre la vie des gens en danger, etc. Quant aux rares autorités politiques et sanitaires qui optent pour des solutions inorthodoxes, elles sont la cible des attaques violentes et soutenues de la presse nationale et internationale, des rivaux politiques et sanitaires à l’échelle nationale, et des autres gouvernements, à l’échelle internationale.

Il n’est donc pas exagéré de parler des persécutions des opposants à l’orthodoxie sanitaire, qui implique une orthodoxie politique. Le consensus qui règne chez les autorités sanitaires des différents pays occidentaux, et aussi chez leurs autorités politiques, a pour effet la constitution d’une doctrine partagée par-delà les frontières nationales, et la formation d’une espèce d’Église internationale qui a ses prélats dans la majorité des pays occidentaux, mais sans avoir un chef suprême, à la manière du pape pour l’Église catholique. Il y a bien l’Organisation mondiale de la santé qui a ouvert le bal en déclarant l’état de pandémie, mais les gouvernements et les prélats sanitaires ne se règlent pas toujours sur les recommandations de l’OMS (c’est le cas pour le confinement), quoi qu’ils s’appuient souvent sur son autorité. Il serait donc exagéré de faire de son directeur général le Grand Pontife de l’Église sanitaire.

Peut-on parler d’impérialisme religieux même si cette Église sanitaire n’est pas unifiée comme l’est ou comme l’était l’Église catholique ? Compte tenu de la forte influence de la doctrine sanitaire sur la politique intérieure dans les pays occidentaux, et de la forte homogénéité de la politique intérieure dans ces pays, cela me semble approprié. L’ingérence du pouvoir religio-sanitaire est tellement massive qu’elle constitue une menace, interne et externe, à la souveraineté politique des États et, en raison de l’État d’urgence sanitaire qui se prolonge, constitue une menace pour les institutions démocratiques, ainsi que pour les droits politiques et les libertés des citoyens, déjà limités.

 

Le Virus comme Diable ou cause par excellence des maux

Le Virus a le dos large, comme pouvait l’avoir le Diable à la belle époque du christianisme. C’est le Diable, en séduisant Adam et Ève, qui nous aurait tous rendus vulnérables à la maladie et mortels. C’est même lui qui serait responsable de certaines maladies et qui jouerait un certain rôle dans des épidémies. On racontait parfoisa que le Diable était apparu avant un naufrage ou une défaite militaire, comme pour le tenir en partie responsable de ces fâcheux événements, alors qu’ils pouvaient être attribuables à la fortune, ou à la négligence et à l’incompétence d’un capitaine ou d’un chef militaire.

De manière semblable, nos autorités religio-sanitaires tendent à considérer le Virus comme la cause de la mort des octogénaires (porteurs du Virus ou considérés tels par lien épidémiologique), comme si le vieillissement et ses effets sur la santé n’en étaient pas la principale cause, comme si d’autres maladies ou troubles n’y avaient pas joué un rôle au moins aussi important, comme si la dégradation du système de santé due aux décisions politiques des dernières décennies n’y était pas aussi pour quelque chose, comme si le fait d’avoir créé une pénurie de personnel soignant en mettant à quarantaine tous ceux qui ont reçu un résultat de test positif, même quand ils n’avaient pas de symptômes, n’explique pas certaines de ces morts.

C’est aussi le Virus qui serait à l’origine du krash économique qui nous pend au bout du nez, et pas les décisions stupides ou franchement malveillantes de nos autorités politiques, à l’instigation des autorités religio-sanitaires. C’est toujours lui qui serait responsable de la déclaration et du prolongement de l’état d’urgence sanitaire, et de la suspension de nos droits et libertés, et pas les autorités politiques et sanitaires qui apprécient certainement les nouveaux pouvoirs que cet état d’exception leur a procurés et leur permet de conserver.

Autrement dit : à en croire nos autorités politiques et sanitaires, c’est toujours la faute du Virus (ou encore la nôtre), et jamais la leur. C’est que le Virus est vraiment partout, et est capable de tout. Voilà qui est commode.

 

Autres causes et effets imaginaires, assaisonnés de raisonnements à rebours

Jamais nos autorités politiques et nos autorités religio-sanitaires n’auraient l’idée de remettre en question publiquement l’efficacité des mesures adoptées pour contrer la propagation du Virus. Ces mesures, qui font partie de la doctrine sanitaire, ne sauraient être discutées et encore moins assouplies ou annulées, du moins pas avant que nous ayons été tous ou presque tous « vaccinés ». Et même dans ce cas, ce n’est pas certain, car le Virus serait tellement virulent et mortel (on ne saurait en douter) qu’il pourrait continuer à circuler et à faire des ravages malgré l’efficacité avérée des « vaccins » (dont on ne saurait pas davantage douter), laquelle il faudrait maintenir en nous injectant de nouvelles doses, le temps que le Virus soit définitivement éradiqué.

Mais comme nous ne savons pas exactement ce que l’avenir nous réserve (sans doute rien de bon), revenons en arrière, c’est-à-dire au tout début.

Si les cas de contamination, ainsi que les complications et les décès attribués au Virus, sont devenus beaucoup plus rares le printemps et l’été derniers, c’est évidemment parce que le confinement et les autres mesures sanitaires ont été efficaces. Qu’il se soit passé à peu près la même chose à peu près en même temps ailleurs, même quand ces mesures n’ont pas été adoptées ou l’ont été de manière très différente, cela ne permet nullement de conclure que ces mesures sont inutiles.

Si nous avons enregistré un taux de décès liés au Virus plus élevé que des pays où les mesures sanitaires sont moins rigoureuses, et moins élevé que d’autres pays où elles sont plus rigoureuses, on ne saurait pas davantage mettre en doute l’efficacité du confinement et des autres mesures sanitaires. Si nous n’avions pas adopté ces mesures, nous aurions eu beaucoup plus de décès, c’est certain (les modélisations de l’INSPQ, qui peuvent se substituer à la réalité, le prouvent scientifiquement). N’oublions pas que chaque pays est différent, et il est très difficile de les comparer, surtout s’ils sont éloignés géographiquement et culturellement. C’est que nous avons affaire à un Virus qui adapte son comportement à ces différences géographiques et culturelles. Les spécialistes ont bien raison de dire que ce Virus est tout à fait exceptionnel. Si on en croit notre directeur national de la santé publique quand il nous dit que le Virus est sournois et traître (comme le Diable), peut-être faut-il même y voir une ruse spécialement conçue pour nous, et devant nous convaincre de baisser notre garde. Et là, le Virus nous planterait un couteau dans le dos, le salaud ! De toute évidence, il a une dent contre les Québécois. Allez savoir pourquoi ! Pourtant nous ne lui avons rien fait. Mais pourquoi nous étonner ? Le Virus ne serait pas le Virus s’il était incapable d’un acte de méchanceté gratuite.

Les autorités politiques et les autorités religio-sanitaires nous ont obligés cet été, alors que c’était le calme plat, à porter un couvre-visage ou un masque de procédure dans les lieux publics fermés, question d’éviter ou d’atténuer la deuxième vague. À l’automne, ces mêmes autorités affirment avoir été surprises de la rapidité et l’ampleur de cette deuxième vague (essentiellement des « cas » de contamination sans symptômes). Mais il ne faut surtout pas douter de l’efficacité de cette nouvelle mesure. Cela aurait été bien pire si on ne l’avait pas adoptée, c’est certain. Si cela s’est produit, c’est que nous nous sommes trop relâchés cet été. Peut-être n’aurait-il pas fallu déconfiné du tout. Maintenant il faut payer pour le bon temps – car le Virus a une morale austère – que nous nous sommes donnés collectivement. Et ce sont les personnes plus vulnérables qui payent et qui continueront de payer. Voilà ce qui se passe quand nous n’agissons pas de manière responsable. C’est pourquoi il faut durcir radicalement les mesures pour sauver des vies.

Enfin la période des Fêtes approche, de même que le début de la « vaccination ». Les hospitalisations et les décès attribués au Virus connaissent une forte hausse, nous disent les autorités politiques et sanitaires. Encore une fois, les mesures sanitaires sont efficaces, il n’y a pas à en douter ! C’est que nous ne les avons pas appliquées avec assez de rigueur. Mais c’est surtout parce qu’il n’y en a toujours pas assez. Il faut adopter de nouvelles mesures, pour essayer de « casser » cette deuxième vague, en attendant qu’on nous « vaccine ».

Traduite en langage chrétien, la situation se résume ainsi, d’après nos autorités politiques et nos autorités religio-sanitaires :

  1. Les rituels pour lutter contre le Virus ont fonctionné malgré le nombre de décès que nous avons enregistrés. Si nous n’avions pas fait ces rituels, le Virus aurait fait beaucoup plus de morts.

  2. Les rituels efficaces pour lutter contre le Virus n’ont pas fonctionné parce qu’ils n’ont pas été bien réalisés, parce qu’il faut encore plus de rituels pour que ça marche, et surtout parce que nous avons péché cet été en nous éloignant de la morale austère à laquelle il nous aurait fallu adhérer inconditionnellement. Maintenant nous récoltons le salaire du péché.

Côté cohérence, on a vu mieux !

 

Mystères, absurdités et communion des fidèles

C’est bien connu : on peut attraper la COVID-19 (coronavirus disease 2019 ou, en français, la maladie à coronavirus 2019) sans avoir de symptômes. Autrement dit, on peut être malade sans être malade. Ou encore mieux : on peut être malade sans avoir de signes visibles de la maladie. Et comme on peut être malade sans avoir de signes visibles de la maladie, on peut se croire sain alors qu’on est malade et contagieux. Il ne faut surtout pas se laisser tromper par les apparences. Encore une fois, on peut voir à quel point le Virus est particulièrement sournois et franchement diabolique.

Voilà qui ressemble fort au mystère de la transsubstantiation. Même si le pain et le vin conservent les qualités sensibles du pain et du vin, le corps et le sang du Christ sont vraiment présents dans le pain et le vin après la bénédiction du prêtre.

Voilà qui rappelle aussi la tache du péché originel. Même si nous n’avons pas péché, nous portons tous la tache du péché originel depuis notre naissance, et nous avons donc besoin d’être sauvé par Jésus notre sauveur. Rien ne serait plus dangereux que de nous croire immaculés.

L’adhésion à de pareilles absurdités – catholiques ou sanitaires – revient à renoncer à la raison, et à croire justement parce que c’est absurde.

Comme le mystère de la transsubstantiation est le fondement même du sacrement de la communion, qui doit renforcer les liens qui unissent la communauté des fidèles, comme le péché originel unit toute l’humanité grâce à la faute qui est commune à tous les êtres humains, les mystères sanitaires décrits plus haut permettent aux confinés de communier et de se constituer en tant que communauté à part entière, malgré la distanciation physique ou sociale et l’isolement qui en résulte.

En effet, les fidèles de cette religion ne sont-ils pas unis en esprit et en acte par le fait que, si une personne asymptomatique est malade et contagieuse au même titre qu’une personne symptomatique, il est souvent impossible de distinguer une personne saine d’une personne asymptomatique et, malgré tout, atteinte de la COVID-19. Car la personne saine et la personne asymptomatique, à moins d’avoir un cas de contamination dépisté dans leur entourage, n’iront pas et même ne pourront pas se faire dépister pour savoir ce qu’il en est. Dans ces circonstances, qui sont fréquentes, ces personnes doivent être traitées et agir de la même manière, c’est-à-dire comme si elles étaient atteintes de la COVID-19 sans le savoir. Il n’y a donc pas de différence pratique entre une personne saine qui ne sait pas qu’elle n’est pas infectée et asymptomatique, et une personne asymptomatique qui s’ignore. Et, cela va de soi, une personne asymptomatique qui ne se sait pas infectée ne diffère guère d’une personne asymptomatique qui se sait infectée, malade et donc contagieuse, au même titre qu’une personne symptomatique qui se sait infectée, malade et donc contagieuse. Il en résulte que tous les fidèles de la nouvelle religion doivent agir et vivre de la même manière, peu importe leur condition de santé. Tous doivent appliquer rigoureusement les règles sanitaires et se soumettre à un confinement plus ou moins strict, comme s’ils étaient tous malades. C’est ainsi qu’existe la grande communauté des fidèles sanitaires.

Il est vrai que les personnes, symptomatiques ou asymptomatiques, qui ont reçu un résultat positif à la suite d’un test de dépistage, doivent se soumettre à des règles encore plus strictes. Mais ces règles sont en continuité avec les règles sanitaires qui s’appliquent au reste de la communauté sanitaire, de la même manière que les règles morales plus strictes qui s’appliquent au clergé catholique, sont en continuité avec les règles qui s’appliquent au simple fidèle. Ainsi cela n’affaiblit pas les liens qui unissent la communauté sanitaire, d’autant plus que toute personne en apparence saine peut être déclarée malade du jour au lendemain, et devoir se conformer à ces règles sanitaires plus strictes.

Ajoutons que les autorités religio-sanitaires, qui travaillent sans relâche à l’élaboration de leur nouvelle religion et à nous rendre la vie toujours plus pénible, décideront peut-être bientôt d’éliminer ces irrégularités et d’appliquer les mêmes règles sanitaires à toutes les personnes indépendamment de leur condition de santé – par amour de l’égalité – en les confinant toutes indéfiniment dans leurs domiciles, ou jusqu’à ce que le Virus soit définitivement éradiqué, ou jusqu’à ce qu’elles aient toutes été « vaccinées ».

Alors notre solidarité – dans le malheur – serait parfaite. Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !

 

Conclusion

Il est grand temps que je m’arrête. À force d’entrer dans la logique – si logique il y a – du délire de cette sale engeance sanitaire, je vais finir par me rendre fou, et peut-être aussi par vous rendre fous, si ce n’est pas déjà fait. Alors toutes mes excuses.

Pour ceux à qui il reste néanmoins une étincelle de raison, ne voyez-vous pas que nous tombons dans un obscurantisme particulièrement néfaste, capable de désintégrer nos cerveaux et de faire de nous de misérables vers de terre ? Québécois, vous qui pour beaucoup vous moquez des superstitions absurdes de vos ancêtres, déniaisez-vous, secouez-vous ! Remettez les autorités sanitaires à leur place, extirpez d’elles la superstition et faites ce qui s’impose pour obtenir la séparation des autorités politiques et des autorités sanitaires. Car depuis quelques décennies nous vivions dans un État laïc, où les autorités religieuses ne se mêlaient pas de politique, et il serait bien qu’il en redevienne ainsi. Combien de temps devra encore durer cette folie ? Faudra-t-il que nous nous enfoncions de manière irréversible dans l’abîme de la superstition, dans cet égout sanitaire dégoûtant et puant où se déversent à flots les excréments de la nature humaine, et qu’une Grande Noirceur bien pire que la précédente commence, pour que vous ouvriez enfin les yeux ? Et alors seriez-vous encore capables de voir ce qu’il en est, et cela servirait-il encore à quelque chose ?