Masquée et toute seule

Étant donné qu’il est difficile d’avoir des débats sur les mesures soi-disant sanitaires, surtout dans les milieux de travail fortement hiérarchisés et très bourgeois, il est important d’évaluer le sentiment des personnes qui nous entourent quant à un éventuel retour de certaines de ces mesures, qu’elles soient imposées par le nouveau gouvernement qui régnera sur le Québec après les élections du 3 octobre 2022, ou qu’elles soient imposées par les employeurs qui, on le sait bien, ont pour priorité absolue le bien-être de leurs employés.

La petite scène que je vais vous raconter m’a permis de constater que beaucoup ont repris l’habitude de respirer librement et, malgré les recommandations de prudence de la Santé publique, n’entendent pas continuer à respecter la distanciation sociale dans des situations qu’on s’efforce de nous peindre comme dangereuses.

Tout a commencé par un exercice d’évacuation de l’édifice où je travaille. Après avoir descendu les escaliers, quelques centaines de personnes se sont agglutinées sur les trottoirs. Il n’y a eu personne d’assez fou pour mettre un masque à l’extérieur sous prétexte qu’il était entouré d’autres personnes. Mais ce qui m’a heureusement surpris, considérant que mes collègues sont pour la plupart très couards et très dociles, c’est la manière dont ils ont réintégré les bureaux à la fin de l’exercice d’évacuation. Ils se sont précipités tous en même temps dans le hall d’entrée et se sont entassés dans les ascenseurs, presque toujours sans porter un masque, malgré les sempiternels sermons des autorités sanitaires, qui se font d’ailleurs plus rares depuis le déclenchement de la campagne électorale.

Deux voisines de bureau, A. et B., se trouvaient juste devant moi quand je suis entré dans l’édifice. Comme une croyante qui se signe avec l’eau d’un bénitier en entrant dans une église, A. passe à la station de désinfection et se frotte ostensiblement les mains. B. a un moment d’hésitation, puis décide d’imiter A. Je contourne la station de désinfection en croisant le regard de A. et de B. A. se frotte les mains encore plus vigoureusement, alors que B. s’arrête immédiatement, comme si elle avait voulu montrer qu’elle ne s’était pas conformée aux usages soi-disant sanitaires. Nous nous dirigeons vers les ascenseurs et huit personnes entrent elles aussi sans se désinfecter les mains.

Puisqu’il était évident que nous allions être une dizaine de personnes à prendre le même ascenseur, A. déclare que si nous sommes dus pour attraper la COVID, c’est aujourd’hui que ça va arriver, et qu’il va falloir porter nos masques, sans même envisager qu’elle est probablement la seule à avoir en permanence un masque dans son sac ou dans son manteau. Aucun signe d’approbation. Plusieurs font comme s’ils n’avaient rien entendu et d’autres esquissent un sourire discret mais moqueur. Voyant qu’elle était largement minoritaire, A. se tait et met son masque.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et nous nous y entassons tous. A. se place dans un coin, en essayant de rester à quelques centimètres de ceux qu’elle considère être des vecteurs de contamination. Les autres continuent de discuter sans faire attention à elle.
Nous avons donc fait des progrès cet été, depuis la levée de l’obligation de porter un masque dans les lieux publics. Ceux qui ont continué à porter un masque au début le font de moins en moins souvent ou ne le font plus. Plus les masqués perdent de terrain, plus nous leur faisons sentir qu’ils ne sont plus majoritaires et qu’ils ne tiennent plus le haut du pavé moral, et plus il sera difficile de réimposer cette mesure soi-disant sanitaire cet automne ou cet hiver. Il importe donc d’ignorer les réclamations des covidistes bien dressés, de leur faire sentir leur isolement et, quand l’occasion le permet, d’exprimer explicitement notre désapprobation.

D’un autre côté, ne nous illusionnons pas non plus sur beaucoup de nos concitoyens qui ne portent plus un masque et qui constituent la majorité non masquée cet été. Même si beaucoup d’entre eux sont incommodés par cette obligation, ils se remettront peut-être à porter un masque et constitueront alors la majorité des masqués, quand les recommandations des autorités sanitaires se feront plus pressantes, quand ils auront l’impression que le vent tourne et encore plus si le port du masque redevient obligatoire dans certaines circonstances, même dans des situations où les risques de recevoir une amende ou de se faire infliger des sanctions disciplinaires sont presque nuls en cas de désobéissance.