Vecteurs de contagion

Une chose est devenue parfaitement évidente, onze mois après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, et même bien avant : nous sommes avant tout considérés et traités comme des vecteurs de contagion. Nous nous considérons même mutuellement comme des vecteurs de contagion, comme le montrent très bien nos nouvelles mœurs et la disparition presque complète des rapports sociaux en chair et en os, sauf dans la famille et au travail, en prenant une foule de précautions dans le dernier cas.

Certes nos autorités politiques et sanitaires, nos journalistes et nos concitoyens prétendent que c’est pour protéger les victimes potentielles du Virus que nous sommes tous qu’on nous considère et traite comme des vecteurs de contagion. De ce point de vue, les mesures sanitaires – qui impliquent que nous soyons considérés et traités avant tout comme des vecteurs de contagion – seraient seulement un moyen de nous protéger, en tant que victimes possibles du Virus. Cependant, compte tenu du zèle sanitaire qu’a autorisé l’objectif des mesures sanitaires, les moyens pris pour l’atteindre se sont rapidement substitués à cet objectif. L’objectif premier, depuis longtemps, c’est de ralentir la propagation et d’y mettre fin un jour, si possible. Si nos autorités, les journalistes et la population accordent tant d’importance au nombre de nouveaux cas de contamination, aux hospitalisations et aux décès attribués à tort ou à raison au Virus, c’est en tant que statistiques et d’indicateurs de l’évolution de la contagion. Donc on en est venu à se soucier surtout de la dégradation de la situation épidémiologique prise en elle-même. Ce qui implique que les autorités nous considèrent et nous traitent avant tout comme des vecteurs de contagion, et que nous nous concevons nous-mêmes et les uns les autres comme des vecteurs de contagion.

La contagion, cela va de soi, n’existe pas indépendamment des vecteurs de contagion. Il en résulte que si la lutte contre la contagion est devenue une fin en elle-même, elle est nécessairement une lutte contre les vecteurs de transmission du Virus, c’est-à-dire contre les personnes susceptibles d’être ou de devenir porteuses du Virus, avec ou sans symptômes. Autrement dit, nous tous, indistinctement. Voilà pourquoi les mesures sanitaires décrétées par les autorités concernent pour beaucoup la population dans son ensemble. Par opposition, s’il s’agissait de protéger les personnes à risque susceptibles d’être malades et de mourir si elles étaient contaminées par le Virus, les mesures sanitaires auraient ciblé ces personnes en particulier, soit en les isolant, soit en commençant à les traiter dès l’apparition des premiers symptômes, au lieu d’opter pour le confinement généralisé et de parier sur une campagne de « vaccination » massive de toute la population, dont l’efficacité est douteuse (surtout à long terme), qui n’est peut-être pas sans danger pour la santé malgré ce que prétendent les sociétés pharmaceutiques qui profitent de la situation pour s’enrichir, et qui pose d’importants problèmes d’organisation, surtout pour un pays comme le Canada qui ne peut pas produire les fameux « vaccins » sur son territoire et doit importer des doses.

Maintenant que nous savons que nous sommes réduits à des vecteurs de contagion, il nous faut regarder la situation avec lucidité et nous poser les questions qui s’imposent.

  • Si le Virus continue de propager aussi longtemps qu’existent les vecteurs de contagion, devons-nous en conclure que nos autorités ont l’intention de nous traiter indéfiniment comme des vecteurs de contagion, en maintenant les mesures sanitaires, sous une forme plus ou moins lourde ?

  • Pour vaincre le Virus et maîtriser sa propagation, est-il légitime de penser que nos autorités accepteront de sacrifier indéfiniment les vecteurs de contagion, ou à tout le moins presque tout ce qui constituait avant leur existence ?

  • Nos autorités et nos concitoyens hésiteront-ils à écrabouiller – au sens figuré et au sens propre – avec toujours plus de violence les personnes qui persisteront à ne pas accepter docilement cette réduction de leurs personnes au statut de vecteurs de contagion ?

  • Une société peut-elle être viable quand on y postule que tous les individus qui la constituent sont de dangereux vecteurs de contagion et quand toutes les relations sociales sont considérées comme autant d’occasions de propager le Virus ?

  • Si une telle société aseptisée n’est pas vouée à la dissolution, pouvons-nous y exister, individuellement et collectivement, sans être radicalement diminués sur tous les plans ?

  • Si cette société est vouée à la dissolution, est-il plus probable qu’un ordre social peut-être pire se substitue à elle, ou que nous tombions peu à peu ou brusquement dans un état de guerre de tous contre tous ?