Procédés de science-fiction (2) : le cas de la santé publique

Dans mon billet du 22 août 2022, j’ai analysé des procédés de science-fiction appliqués à la « gestion de la pandémie ». J’entends par là la forte tendance des autorités politiques et sanitaires à élaborer des fictions auxquelles devraient se conformer la réalité, et la tendance à trafiquer les observations pour obtenir cette conformité. Car il ne s’agit pas d’adapter leurs fictions à la réalité, mais d’adapter la réalité à leurs fictions, en l’intégrant à elles. De manière semblable aux romanciers ou aux scénaristes de science-fiction, ils imaginent un monde fictif plus ou moins vraisemblable ou plus ou moins fantastique, et c’est à travers les principes qui régiraient ce monde qu’ils voient et comprennent la réalité. Non seulement ces inventeurs demeurent prisonniers de leurs propres inventions, mais ils font aussi des pieds et des mains pour nous y enfermer, en ignorant les effets nuisibles réels de ce confinement intellectuel et moral, en s’accommodant d’eux, ou en les intégrant même au monde fictif dont il s’agit en leur donnant des causes imaginaires exigeant des remèdes inefficaces ou néfastes, afin de consolider l’emprise qu’a sur nous cet univers imaginaire.

Dans le présent billet, je veux montrer que la pratique de la science-fiction dans la « gestion de la pandémie » n’est pas une simple erreur de parcours, ou une sorte de malheureux accident. La santé publique, ou du moins la conception qu’on en a actuellement, relève elle-même de la science-fiction. La « gestion de la pandémie » fantaisiste à laquelle on a assisté est donc la conséquence de cette conception de la santé publique. C’est pourquoi les autres « pandémies » que ces inventeurs nous annoncent déjà seront vraisemblablement « gérées » de manière tout aussi déconnectée de la réalité, et peut-être encore plus.

 

La santé publique comme spécialité médicale fondée sur la science

Pour que nous croyions les experts en santé publique et leur obéissions au doigt et à l’œil, on ne cesse de nous rappeler qu’ils sont des médecins. Ce qui ferait de la santé publique une spécialité médicale. Pourtant, ces médecins spécialistes ne soignent personne. Ce n’est pas leur travail. Il est donc légitime de nous demander comme les experts en santé publique – le Dr Arruda, le Dr Boileau et la Dre Tam, par exemple – peuvent prétendre être des médecins et agir à titre de médecins. Le fait qu’ils ont jadis obtenu un diplôme en médecine, et peut-être aussi pratiqué la médecine (soigner des malades), ne change rien si, maintenant, ils ne pratiquent plus la médecine. Il serait aberrant qu’un ingénieur – diplômé en ingénierie et membre de l’ordre des ingénieurs – prétendent faire de l’ingénierie (civile, électrique, mécanique, chimique, etc.) quand le poste qu’il occupe dans une bureaucratie n’est pas de l’ingénierie, mais relève plutôt du domaine de la gestion. Alors pourquoi faudrait-il faire une exception pour les médecins qui, en faisant de la santé publique dans les organisations bureaucratiques constituant le ministère de la Santé et des Services sociaux ou rattachées à lui, ne pratiquent plus la médecine dans le cadre de leurs fonctions, mais pratiquent plutôt une certaine forme de gestion de la santé et de la maladie ?

Pour pouvoir continuer à prétendre au titre de médecin, et aussi de scientifique, même s’ils sont en fait des bureaucrates de la santé et de la maladie, les experts en santé publique ont recours à un procédé de science-fiction qui consiste à affirmer l’existence d’une chose appelée « santé publique », dont ils seraient les experts. Il est légitime de nous demander ce qu’est cette « santé publique » et si elle existe.

Les médecins généralistes s’occupent de la santé générale des individus. Les médecins spécialistes s’occupent d’une partie ou d’un aspect de la santé des individus. Quant aux médecins spécialisés en santé publique, ils sont un cas à part : leur spécialité a pour objet la santé générale des populations et est plus englobante et totalisante que la médecine des généralistes, contrairement à la médecine des autres médecins spécialistes. Mais fait-il sens de parler de « santé publique », puisque la santé est toujours celle d’une personne donnée ? On peut certainement parler de la santé d’une population si on entend par là la santé des individus dont cette population est constituée. Mais il en va autrement si on prétend faire de la médecine en s’occupant de la santé de la population, sans s’occuper du même coup de la santé des individus concrets (qui peut différer beaucoup et demander des interventions très différentes) ou en faisant d’elle un spécimen de la santé de la population, déduit à partir de cette abstraction coupée de la réalité. Dans ce dernier cas, l’imagination des spécialistes de la santé donnent naissance à deux entités chimériques et nuisibles : la santé abstraite de l’abstraction qu’est la population, et la santé publique en tant que discipline médicale devant prendre en charge cette abstraction.

La santé est toujours la santé d’un corps humain donné. La santé collective qui, pour exister, suppose implicitement l’existence d’un corps humain collectif constitué des corps humains particuliers (qui n’en seraient que les cellules), est une invention digne d’un roman de science-fiction, et n’a pas sa place dans la pratique de la médecine et de la science. Comment la médecine pourrait-elle soigner une abstraction qui n’existe pas dans la réalité, et qui n’existe que dans les modèles mathématiques et les spéculations de ses inventeurs ? Comme la science pourrait-elle étudier cette abstraction ? Mais qu’importe à nos autorités politiques et sanitaires, qui œuvrent dans une réalité virtuelle de leur invention, et qui sont disposées à sacrifier sur l’autel de la santé publique les droits, les libertés et la santé des individus, voire les individus tout court ? Car c’est précisément ce qu’elles ont fait, et feront vraisemblablement encore, en réglementant dans le menu détail leur existence, au nom d’une conception de la santé collective ou globale qu’il faudrait protéger, en traitant toutes les personnes concrètes comme des malades et des propagateurs possibles, et en traitant toute la société comme une grande malade qui, à défaut d’avoir un corps à elle, ne peut pas guérir, sauf de manière métaphorique. Rien d’étonnant, alors, à ce que la « pandémie » ne semble jamais devoir finir et à ce que les autorités politiques et sanitaires ne soient pas en mesure d’établir d’après quels critères on pourrait considérer la société guérie. Rien d’étonnant aussi à ce qu’on considère comme des « cas » de COVID-19 des personnes qui n’ont pas de symptômes, mais chez lesquelles on aurait dépisté le virus, puisqu’une « pandémie » est seulement définie comme la propagation d’un agent infectieux dans les populations mondiales, indépendamment de l’état de santé des individus ; à ce qu’on refuse de soigner les individus réellement malades à l’aide de traitement peu coûteux et facilement accessibles, car ce n’est pas tant de leur santé qu’il s’agit, que du corps collectif de la société dont s’occuperait la santé publique ; et à ce que, sans soumettre à un examen médical les individus et sans souci pour les particularités (bonnes ou mauvaises) de leur santé, on leur prescrive globalement des mesures soi-disant sanitaires (confinement, distanciation sociale, masques) et un traitement préventif récurrent sous la forme de doses de « vaccin ».

Tout ça n’est que de la médecine en vrac opérant par diagnostics et prescriptions globaux, et donc pas de la médecine. Tout ça n’est qu’un grand ouvrage de fiction auquel on s’efforce coûte que coûte de donner un vernis scientifique, et donc pas de la science. Il n’empêche que la science-fiction qui en résulte est bien commode pour les gestionnaires de la santé et de la maladie, qui n’ont pas à s’encombrer avec des détails, qui peuvent traiter des personnes bien-portantes comme des malades, et prendre en bloc toute la société qui serait malade pour la soumettre à des procédures générales. En fait, les soins destinés au « corps collectif », en vertu de cette médecine fictive, devraient se substituer autant que possible à ceux donnés aux individus qui sont malades. Dans l’idéal, l’approche populationnelle devrait se substituer en grande partie à l’approche individuelle. Avec de bonnes politiques de santé publique, les individus ne devraient presque plus tomber malades et il ne faudrait plus les soigner. C’est alors la santé publique qui devrait se substituer en grande partie à la médecine et la rendre souvent superflue.

 

L’approche « une seule santé »

Mais ces créateurs de science-fiction n’entendent pas se contenter des histoires fantaisistes qu’ils peuvent raconter en postulant l’existence des entités imaginaires que sont le « corps collectif » régional, provincial ou national susceptible d’être en bonne ou en mauvaise santé, et la « santé publique » en tant que spécialité médicale qui devrait prendre en charge la santé du « corps public ». Gravement atteints de la folie des grandeurs, ces démiurges trouvent que l’application de l’approche populationnelle n’est pas à la hauteur de leurs nobles aspirations. Car si certains d’entre eux ont déclaré que la « pandémie » ne prendrait pas fin ou ne serait pas sous contrôle aussi longtemps que toute l’humanité – traitée comme un grand corps collectif dont les experts en santé publique devraient prendre en charge la santé – ne serait pas entièrement « vaccinée » et entièrement soumise à mesures soi-disant sanitaires, tout ça n’est qu’un début servant à paver la voie à l’approche « une seule santé » mise de l’avant par l’Organisation mondiale de la santé.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce slogan sanitaire ? Rien de moins que le désir de passer de la « santé publique » à la « santé planétaire ». Car ce ne serait pas seulement la société à laquelle nous appartenons, ou l’humanité, qui aurait « une seule santé ». Ultimement, ce serait toute la planète qui aurait « une seule santé » et qu’il faudrait considérer comme un gigantesque organisme vivant qu’on dirait sorti d’un roman de science-fiction et qui serait sous la tutelle de l’Organisation mondiale de la santé et des autorités sanitaires nationales qui lui seraient subordonnées. Ce que devraient nous avoir appris la « pandémie » de COVID-19 qui durerait depuis presque 36 mois, la « pandémie » de grippe aviaire qui décimerait les poulets, la « pandémie » de variole du singe qui sévirait dans les pays occidentaux et la vague de chaleur estival sans précédent due aux « changements climatiques » qui aurait eu lieu cet été, c’est que nous nous serions gravement trompés quand nous pensions avoir chacun une « santé individuelle ». Ta santé, ce serait ma santé ; et ma santé, ça serait ta santé. Ta santé et ma santé, ce serait notre santé. La santé des pangolins, des chauves-souris, des poulets et des singes, ce serait aussi ta santé, ma santé et vice versa, car il faudrait craindre le passage des agents infectieux des animaux à l’être humain, et de l’être humain aux animaux. Et la santé de la planète (la santé de l’atmosphère, des sols, des océans, des écosystèmes, etc.), ce serait la santé des êtres humains et des animaux, et vice versa. Nous voilà donc avec « une seule santé » et « un seul organisme vivant », qui sont des entités chimériques qui déclassent la « santé collective » de n’importe quelle population humaine et le « corps collectif » qui serait le sien.

Qu’on me comprenne bien : je ne nie pas l’existence de problèmes environnementaux susceptibles d’affecter l’état de santé des êtres humains. Cependant, je ne vois en quoi ça nous avance de parler « d’une seule santé planétaire », laquelle devient une espèce de bouillie informe où tout se mêle, sous prétexte d’obtenir un « Grand Tout » ou un « Être Suprême » dont les experts en santé publique seraient à la fois les médecins et les grands prêtres aux visées totalisantes, voire totalitaires. Pour qui voudrait au contraire faire de la science (à l’échelle planétaire, il ne saurait être question de médecine), c’est-à-dire observer les régularités présentes dans la nature et acquérir ainsi un certain degré de maîtrise des phénomènes naturels, ne serait-il pas beaucoup plus avantageux de conserver et même d’accentuer la séparation et la distinction de tout ce qui constitue le grand système planétaire (air, sols, océans, rivières, fleuves, forêts, prairies, déserts, marais, marécages, toundra, micro-organismes, plantes, animaux sauvages et domestiques, êtres humains…), afin de voir aussi clairement que possible les relations causales, en se gardant bien de parler de « santé » à toutes les sauces et de générer ainsi une confusion des idées nuisible pour les scientifiques, mais certainement très commode pour les grands prêtres qui veulent fourrer leur nez partout, et dont on peut craindre à juste titre l’autoritarisme et l’obscurantisme ?

Pour consolider leur pouvoir sur nous tous et essayer de l’étendre à la planète toute entière, ces grands prêtres ne vont-ils pas nous raconter toutes sortes d’histoires fantaisistes, conformément aux grands principes postulés par l’approche « une seule santé », et à laquelle la réalité devrait se conformer coûte que coûte ? Selon les récits qu’ils nous feront des problèmes de « santé de la planète », nos comportements ne seraient-ils pas la principale cause, voire la seule cause, de ces problèmes ? N’en résulterait-il pas qu’ils voudraient nous appliquer dogmatiquement et autoritairement, à l’échelle planétaire et dans tous les aspects de notre existence, des mesures soi-disant sanitaires ayant par exemple pour objet les relations sociales, les déplacements et les voyages à l’étranger, la production et la consommation de la nourriture, ainsi que la production et l’utilisation des différentes sources d’énergie ? Cela ne reviendrait-il pas, sous couvert de science, à projeter dans la réalité un monde imaginé spécialement pour rendre possible une théocratie planétaire, laquelle n’existe pour l’instant que dans la cervelle malade des experts et bureaucrates de l’Organisation mondiale de la santé et de leurs suppôts ?


La « santé publique », sous sa forme actuelle et sous ses formes à venir, est donc elle-même une forme de science-fiction qui ne se reconnaît pas comme telle, et qui est précisément nuisible pour cette raison. Comment les experts et les autorités sanitaires qui se revendiquent de cette soi-disant spécialité médicale, et qui décide de la manière dont nous pouvons vivre, pourrait-il ne pas avoir recours à des procédés de science-fiction, en ce qui a trait à la « pandémie » actuelle, aux « pandémies » à venir et aux « problèmes de santé de la planète » ?