Le perfectionnement des pratiques asservissantes (2)

Comme nous l’avons vu à la fin du billet du 16 juin 2024, les pratiques asservissantes qui ont été utilisées pendant plusieurs décennies ont grandement perdu de leur efficacité. Le confort relatif auquel les travailleurs ont eu droit implique de plus en plus qu’ils s’endettent, et il devient évident que chaque génération de travailleurs est ou sera dorénavant plus pauvre que la précédente, alors que les grandes corporations et les oligarques deviennent pour leur part encore plus riches et puissants. Et depuis la disparition du bloc communiste, les classes exploiteuses et les dirigeants politiques ne sentent plus le besoin de ménager les populations occidentales, pour leur montrer que le capitalisme vaut mieux que le communisme. Depuis, on a eu recours à de nombreuses mesures d’austérité pour les appauvrir et les asservir : privatisation, dégradation et tarification des services publics, augmentation des impôts sur le revenu et des taxes, précarisation des emplois, augmentation de l’âge de la retraite, non indexation de l’aide financière aux études à l’augmentation du coût de la vie, conditions d’accès plus rigoureuses à l’assurance-emploi, etc. Il a donc fallu un nouveau perfectionnement des pratiques asservissantes pour mobiliser les masses laborieuses mécontentes et pour éviter qu’elles ne se mettent à résister. Alors qu’au stade précédent d’asservissement, il s’agissait surtout de leur procurer des biens illusoires ou mêlés à des maux inapparents, il s’agit plutôt d’obtenir qu’elles acceptent la suspension ou l’érosion de leur liberté et de nouvelles formes de surveillance et de contrôle, sous prétexte de les protéger contre des maux réels, imaginaires, provoqués ou aggravés par les soi-disant protecteurs.


Que les attentats terroristes, de grande ampleur ou non, soient en réalité des opérations sous faux drapeau (comme semblent l’indiquer plusieurs bizarreries), qu’ils soient la conséquence du soutien des agences de renseignement et des gouvernements occidentaux à des organisations terroristes reconnues comme telles ou non, qu’ils soient dus à l’incompétence ou à la négligence de ces agences de renseignement et des forces policières, ou qu’ils se soient produits parce qu’on a décidé de ne pas intervenir ou de ne pas prendre certaines précautions, il est certain qu’ils ont servi de raison ou de prétexte pour réduire notre liberté et pour nous soumettre à de nouvelles formes de surveillance de masse et de contrôle. Car pour éviter que d’autres attentats terroristes ne se produisent, il faut que la population accepte d’être traitée comme des terroristes potentiels. C’est pourquoi les dirigeants politiques et les médias de masse alimentent la peur du terrorisme. C’est pourquoi on a multiplié les dispositifs de surveillance et de sécurité dans les aéroports, les gares, les transports en commun, les édifices publics, les établissements d’enseignement, les centres commerciaux, les rues, les milieux de travail, les édifices à logement, etc. C’est pourquoi on a accordé aux agences de renseignement, aux forces policières et aux juges des pouvoirs d’exception – qui ont été normalisés bien assez vite – pour espionner, pour détenir et pour punir les personnes soupçonnées, accusées ou reconnues coupables de terrorisme, même dans des cas où il n’y a pas eu d’attentat et où les preuves d’un projet d’attentat sont pour le moins dire douteuses.

Une telle dérive policière, qui continue aujourd’hui avec l’implantation de la vidéosurveillance algorithmique et le recours massif à « l’intelligence artificielle » pour analyser les données qu’on collecte sur la moindre de nos actions, contribue de plusieurs manières à l’asservissement des masses laborieuses. Grâce au climat de peur qu’on instaure à l’aide des attentats terroristes ou de la menace terroriste, on mobilise une partie importante de ces masses pour lutter contre le terrorisme, qui est l’ennemi invisible et omniprésent, qui pourrait profiter du moindre relâchement de la surveillance et des contrôles pour tuer des dizaines, des centaines et même des milliers d’innocents. Cela a pour effet de détourner l’attention de tous les sales coups qu’on fait aux masses laborieuses occidentales, notamment en mondialisant encore plus l’économie, ce qui permet aux grandes corporations multinationales de déplacer leurs usines dans des pays où il est permis et facile d’exploiter beaucoup plus la main-d’œuvre que dans les pays occidentaux, de se passer de plus en plus de la main-d’œuvre occidentale trop coûteuse et exigeante qu’elles peuvent mettre à pied quand bon leur semble, de lui revendre avec une grande marge de profit les marchandises fabriquées à faible coût à l’étranger, et ainsi de s’en mettre plein les poches et de consolider leur contrôle de l’économie mondiale.

Ensuite, il est évident que les dispositifs policiers mis en place sous prétexte de lutte contre le terrorisme peuvent être utilisés pour surveiller et contrôler d’autres personnes que des terroristes véritables ou présumés, et qu’ils peuvent être utilisés contre des dissidents ou des opposants, ou pour réprimer des mouvements de résistance des masses laborieuses, à l’occasion de la signature de nouveaux accords de soi-disant libre-échange (c’est-à-dire la liberté de commerce des grandes corporations, au détriment de la même liberté pour les entreprises plus petites et les simples individus), d’une grave crise financière et économique et de politiques d’austérité imposées par les gouvernements aux gouvernés, à cause de l’augmentation rapide de la dette publique due aux spéculations folles ou calculées du secteur financier et de pressions exercées par des institutions financières supranationales.

Ce qui est peut-être encore pire que les effets directs des dispositifs policiers ou les usages qu’on peut en faire, c’est l’atmosphère de plus en plus dépourvue de liberté et étouffante qu’ils contribuent à instaurer. Ceux d’entre nous qui sont assez âgés pour avoir connu une époque antérieure plus libre et moins étouffante en sont venus pour la plupart à s’habituer à cette nouvelle atmosphère et ne perçoivent que confusément la différence. Ceux qui sont plus jeunes et qui n’ont pas connu cette époque sentent encore moins clairement ce que cette atmosphère a d’oppressant. Dans un cas comme dans l’autre, mais à des degrés différents, c’est le désir de liberté qui est étouffé ou qui ne peut que difficilement se développer. Et si ce désir n’a pas une force suffisante et n’est pas assez réfléchi, les masses exploitées disposent de faibles capacités de résistance et sont disposées à accepter l’aggravation de l’asservissement, pourvu que les exploiteurs ne les brusquent pas trop. Et alors l’opposition qui en résultera peinera souvent à s’organiser, à durer, à ne pas se défaire dès les premiers efforts de répression, à ne pas s’arrêter à mi-chemin quant à ce contre quoi on lutte et à ce pour quoi on lutte, à ne pas se contenter d’un retour au statu quo qui ne saurait durer, et à proposer des changements désirables et réalistes, faute d’un désir de liberté assez fort et assez réfléchi.


L’instrumentalisation de la lutte contre le terrorisme à des fins d’asservissement a toutefois ses limites. Même si c’est, dit-on, pour protéger la population qu’on augmente la présence policière dans les lieux publics, qu’on militarise la police et qu’on multiplie les dispositifs de sécurité, après des attentats ou pour empêcher qu’ils ne se produisent, nous ne pouvons nous empêcher de trouver menaçants les policiers armés de pistolets et de fusils automatiques qui nous regardent de travers, puisqu’à leurs yeux nous sommes peut-être des terroristes, surtout que nous savons avec certitude que ce n’est pas le cas et que nous ne constituons pas un danger pour les autres ; et la même chose peut-être dite des dispositifs de sécurité assez lourds, qui évoluent et auxquels nous devons nous soumettre depuis 2001 et qui n’existaient pas ou étaient plus légers et plus rapides avant, par exemple quand nous allons prendre l’avion ou quand nous entrons dans l’édifice où siègent les députés. Puis la lutte contre le terrorisme implique souvent des discours belliqueux et des interventions militaires à l’étranger, ce qui déplaît fort à une partie considérable des populations occidentales, pour des raisons humanitaires, en raison d’une posture non interventionniste, à cause des profits monstrueux faits par le complexe militaro-industriel, ou pour ne pas envoyer des soldats se faire tuer bêtement pour défendre l’impérialisme américain ou pour mettre le pétrole du pays envahi à la disposition de grandes sociétés pétrolières. Enfin, les personnes les plus susceptibles d’être ciblées par les agences de renseignement et les forces policières sont musulmanes, ce qui incommode les personnes, souvent de gauche, sensibles à la discrimination envers les minorités.

Il importait de donc de trouver de nouvelles pratiques asservissantes capables de rallier les personnes que la lutte contre le terrorisme n’avait pas réussi à mobiliser, ou qui avait été mobilisées, mais qui avaient fini par y voir clair après quelque temps. La lutte contre les agents infectieux est une de ces nouvelles pratiques. On nous a préparé depuis quelques décennies à la déclaration d’un « PHEIC » (public health emergency of international concern, ce qui se prononce « fake ») grâce au SARS-CoV1, à la grippe porcine, au virus Zika, à la fièvre Ebola et au virus du Nil occidental, si bien que beaucoup d’entre nous étaient disposés à croire aux prédictions apocalyptiques sur la COVID et à accepter les privations de liberté qu’on nous a fait endurer sous prétexte de combattre le méchant virus, dont on a fait une sorte de démon capable de nous jouer de sales tours, spécialement quand il y a un relâchement quant au respect de ces restrictions.

Comparativement à la guerre contre le terrorisme, la guerre contre le virus a plusieurs avantages. D’abord, les populations occidentales sont beaucoup mieux disposés à l’égard des médecins et des scientifiques qui appuyaient ou réclamaient les mesures sanitaires les plus drastiques, qu’à l’égard des policiers et des services de renseignement. Il y a belle lurette qu’elles ont pris l’habitude de les croire, de faire ce qu’ils leur disent ou recommandent (surtout pour les médecins) souvent sans réfléchir ni comprendre, et de supposer que, un peu à la manière des prêtres de jadis, ils sont les détenteurs de la vérité et que, leur science étant pure, ils ne sauraient la falsifier pour obtenir du financement et pour faire avancer leur carrière, et qu’ils ne sauraient approuver et appliquer les mesures sanitaires, et s’abstenir de les remettre en question ou de les critiquer ouvertement, par obéissance, par crainte des sanctions ou par simple conformisme. Ensuite, contrairement à ce qui se passe avec le terrorisme, tous ceux d’entre nous qui ont cru les médecins et les scientifiques ayant pris part à cette opération d’asservissement se sont imaginés qu’ils pouvaient être un danger pour les autres sans le vouloir et le savoir et que les autres pouvaient eux aussi être un danger pour eux, car on pourrait très bien être un vecteur de contagion asymptomatique qui s’ignore, alors qu’on ne saurait être un terroriste qui s’ignore, même quand on ne se considère pas soi-même comme un terroriste, mais comme le défenseur d’une juste cause, puisqu’on sait alors que c’est ainsi qu’on est considéré par les ennemis à abattre ou à faire exploser. Il en a résulté une plus grande intériorisation des mesures sanitaires et sécuritaires grâce auxquelles on a fortement limité notre liberté et grâce auxquelles on pourrait le refaire, si on déclare un autre « PHEIC ». Toujours par opposition à la guerre contre le terrorisme, la guerre contre le virus n’implique pas d’intervention militaire et donc ne devrait pas être la cause de la mort d’innocentes victimes, mais devrait plutôt permettre de sauver des vies humaines en grand nombre. Enfin, tous les êtres humains devraient en principe être soumis aux mesures sanitaires et sécuritaires, peu importent leur race, leur religion, leur orientation sexuelle, leur identité de genre, etc. Bref, il n’y aurait pas de discrimination et tous devraient être privés de leur liberté, conformément aux beaux et bons principes de l’égalité et de la solidarité.

Pour toutes ces raisons, les personnes gentilles ou bien-pensantes, de gauche ou non, ont pu facilement être mobilisées pour la lutte contre le méchant virus, et même contre les personnes qui refusaient de se laisser enrégimenter. Avec le consentement de toutes ces personnes, nos maîtres (car c’est bien ce dont il s’agit dans ce contexte) ont réussi à restreindre notre liberté beaucoup plus qu’il ne l’a été possible sous prétexte de guerre contre le terrorisme. C’est en cela que la guerre contre le virus constitue un perfectionnement des pratiques asservissantes.

N’a-t-on pas réussi à faire accepter aux masses laborieuses d’être la chose des autorités sanitaires, bureaucratiques et politiques, qui ont entrepris de réguler et de dégrader presque tous les aspects de leur existence, en les confinant à domicile, en les mettant au chômage forcé, en les obligeant de fermer les portes de leurs entreprises, en soumettant leurs relations sociales à des règles changeantes, incohérentes, arbitraires et absurdes, en réduisant leurs déplacements au strict minimum, en leur imposant un couvre-feu, en leur faisant porter un symbole ostentatoire d’obéissance dans les lieux publics et au travail, en les contraignant à passer des tests de dépistage très invasifs même quand ils ne sont pas malades ou symptomatiques, et en les forçant à se faire injecter – pour ne pas se retrouver sans emploi et sans revenus ou dans l’espoir d’un retour à la normalité d’avant et de la fin des mesures dites sanitaires – des vaccins expérimentaux dont l’inefficacité et la nocivité ne sont plus à prouver pour qui sait s’informer et est capable de regarder la réalité en face ? N’a-t-on pas contraint ou autorisé les employeurs à asservir encore plus leurs employés, par l’application des mesures dites sanitaires imposées par les autorités, par la décision d’imposer des exigences optionnelles ou par l’invention de nouvelles mesures plus ou moins farfelues ?

N’a-t-on pas réussi à faire accepter aux masses laborieuses l’incohérence, l’arbitraire et l’absurdité de toutes les recommandations, interdictions, obligations et assouplissements qu’il a plu aux différentes autorités de leur imposer, à un moment ou une autre, ce qui a eu souvent pour effet la décision de ne plus réfléchir et l’incapacité de le faire, et du même coup l’abandon de leur existence aux autorités ?

N’a-t-on pas essayé de faire accepter, et réussi dans une certaine mesure, aux masses laborieuses que les riches et les dirigeants politiques et bureaucratiques ne soient pas assujettis aux mêmes privations de liberté qu’eux, qu’ils appliquent avec peu de rigueur toutes ces règles, ou qu’ils les défient en organisant des fêtes ou d’autres événements sociaux, parfois assez ouvertement ?

N’a-t-on pas fait accepter aux masses laborieuses un important transfert d’argent dans les poches des plus riches pendant les confinements, par exemple les actionnaires des grandes compagnies de commerce en ligne et les marchands de vaccins foireux, alors que les autres se sont souvent appauvris ?

N’a-t-on pas provoqué une augmentation importante de la dette publique à cause des revenus et des dépenses du gouvernement qui ont respectivement diminué et augmenté à cause des confinements, dette pour laquelle les travailleurs actuels et les générations futures devront payer ?

N’a-t-on pas entraîné une forte augmentation du coût de la vie, en créant des problèmes de production et de distribution grâce aux confinements, en maintenant la demande par l’injection d’importantes sommes d’argent dans l’économie pour aider les entreprises fermées et les travailleurs sans emplois, et en augmentant les taux d’intérêt pour combattre l’inflation qui a résulté, alors que plusieurs ont dû s’endetter pour joindre les deux bouts pendant les confinements, et que d’autres ont décidé d’acheter une maison même si la demande et les prix étaient fortement en hausse dans le secteur immobilier, pour ne pas être confinés dans un appartement, pensant réussir à bien s’en tirer à cause des taux d’intérêt qui étaient anormalement bas pendant les confinements et qui ont été augmentés ensuite pour atténuer l’inflation qui en a résulté ?


Voilà quelques décennies qu’on nous travaille, dans les médias et dans les établissements d’enseignement, pour que nous résistions le moins possible quand, progressivement, on se mettra à utiliser la lutte contre les changements climatiques pour contrôler encore plus ce que nous devons faire et ne pas faire, pour nous appauvrir encore plus, et pour rendre notre existence encore plus inintéressante, morne et moche qu’elle ne l’est déjà. Les prophètes de malheur prétendent depuis longtemps voir dans les irrégularités météorologiques et les événements météorologiques extrêmes (tempêtes, tornades, ouragans, canicules, etc.) une preuve de l’existence des changements climatiques (ou avant, le réchauffement climatique), en prenant comme référence une époque imaginaire où ces irrégularités et ces événements ne se seraient pas produits, ou plutôt se seraient produits beaucoup moins souvent et avec beaucoup moins de violence. Selon les prédictions de ces prophètes, il devrait ne plus y avoir de glace en Arctique depuis plusieurs années, ce qui ne les empêche pas de refaire les mêmes prédictions, en reportant leur date de réalisation.

Comparativement à la guerre contre le terrorisme et aussi à la guerre contre le virus, la lutte contre les changements climatiques est susceptible de constituer un perfectionnement des pratiques asservissantes, si ou quand on décidera d’y aller à fond. Car il s’agirait non seulement de sauver la vie des individus, mais aussi de sauver l’humanité, les autres formes de vie et même la planète, si on croit les prédicateurs de la lutte contre les changements climatiques. Et comme tous les aspects de notre existence pourraient causer, directement ou indirectement, des émissions de gaz à effet de serre, et que ces émissions pourraient engendrer, directement ou indirectement, toutes sortes de maux, dont des pandémies, nous pourrions en venir à intérioriser fortement la propagande climatique et à croire que, par le seul fait d’exister et de vivre, chacun d’entre nous est un danger pour l’humanité, pour la vie et pour la planète, ce qui ne peut certes pas arriver quand il s’agit du terrorisme et quand on sait qu’on n’est pas un terroriste. Nous pourrions très bien être soumis, au nom de la lutte contre les changements climatiques, à un contrôle encore plus totalitaire que pendant les périodes de confinement, avec l’appui de la science dévoyée à laquelle on nous demande de croire comme à des révélations divines, et grâce à la mobilisation de toutes les personnes gentilles et bien-pensantes, souvent de gauche, qui sont capables d’accepter d’importants sacrifices au nom de cette cause prétendument noble, et même de les réclamer, pour elles-mêmes et pour les autres sans discrimination, y compris les riches, lesquels seront néanmoins toujours en position de se soustraire aux obligations et aux interdictions qui seront imposées à la racaille dont nous faisons tous partie, et sauront même en profiter pour consolider leur position au sommet de la hiérarchie sociale et pour nous écraser encore plus.

Bien assez vite, on pourrait ne plus se contenter de nous faire payer, directement ou indirectement, des taxes supplémentaires sur l’utilisation de combustibles fossiles. On parle de plus en plus de remplacer tous les véhicules à essence et à diesel par des véhicules électriques, ce qui provoquerait assurément une hausse des prix pour des composantes et des matériaux fortement en demande pour construire ces véhicules et pour l’électricité nécessaire pour les alimenter. C’est évidemment nous qui aurons à payer la facture, ce qui aura non seulement un grave effet sur notre capacité à nous procurer un véhicule électrique et à nous déplacer avec, mais ce qui entraînera aussi une hausse importante des coûts de l’électricité, que nous aurons à assumer pour éclairer et chauffer nos logements et pour faire fonctionner tous les appareils dont nous dépendons dans notre vie quotidienne, et qui entraîneront aussi une hausse des coûts généralisée des marchandises dont dépendront en grande partie la production et le transport de l’électricité, et aussi des coûts services, ne serait-ce que parce qu’il faut payer davantage pour chauffer et éclairer le local où ils sont offerts. Il va de soi que cela réduirait considérablement notre pouvoir d’achat, alors que les riches, eux, pourraient continuer de vivre à leur aise et s’enrichir grâce à leurs investissements dans la « transition verte » des secteurs de l’énergie et des transports et en profitant du financement public – qui vient des taxes et des impôts que nous payons – pour effectuer cette transition, ou pour améliorer de manière continue ces secteurs et ainsi maximiser leurs gains.

Il se peut qu’on aille plus loin en calculant et en rationnant minutieusement les émissions de gaz à effet de serre dont nous serions directement ou indirectement responsables, par l’analyse de toutes nos transactions, voire de tous nos actes : les aliments que nous achetons, la manière dont nous les préparons, la manière dont ils ont été produits et transportés, la quantité d’électricité que nous consommons à la maison, les distances parcourues en utilisant tel véhicule ou les transports en commun, la fréquence à laquelle nous faisons la lessive et lavons la vaisselle, la durée des douches que nous prenons et la température de l’eau, les animaux de compagnie que nous avons et la nourriture que nous leur donnons, etc. Dans le cas où la limite qui nous serait autorisée serait atteinte ou dépassée, il nous serait ou bien interdit de faire quoi que ce soit qui génère de nouvelles émissions de gaz à effet de serre, ou bien il nous faudrait payer une amende, ou bien il nous faudrait faire une donation à une organisation qui prétend réduire les émissions ou contribuer à décarbonation, par exemple en enterrant du bois mort dans des fosses ou en plantant des arbres. Encore une fois, ce rationnement nous affecterait beaucoup plus que les riches, qui pourraient facilement payer ces amendes ou faire ces donations pour avoir le droit de dépenser, ou se soustraire aux conditions et aux interdictions qui s’appliqueraient seulement à nous. Ils pourraient même s’enrichir en contrôlant ces programmes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et de décarbonation de l’atmosphère, lesquels deviendraient alors leur vache à lait.

Si on nous demande et obtiens de nous que nous consentions à une foule de petits et de grands sacrifices pour sauver l’humanité, la vie et la planète des changements climatiques, nous nous retrouverions de plus en plus à vivre comme des gueux qui ne sont à peine capables de subvenir à leurs besoins de base et comme des esclaves dont l’existence entière est organisée et contrôlée par leurs maîtres, qui profitent de leurs sacrifices et de leur servitude pour s’enrichir et pour accroître leur puissance.


Bien qu’efficaces, ces perfectionnements des pratiques asservissantes ne sont pas les seuls. On dirait que ceux qui croient être nos maîtres, et qui le deviennent effectivement de plus en plus, se sont passé le mot pour multiplier et perfectionner indéfiniment ces pratiques asservissantes. Mais cela n’est pas sans problème : car plus on va vite et plus on y va fort, plus il y a de chances qu’une partie assez importante des masses asservies se réveille enfin, retire son adhésion aux sornettes qu’on lui raconte, cesse de collaborer et se mette même à résister. Ce qui pourrait inciter les maîtres en question à en faire encore plus et ce qui pourrait, de leur point de vue, aggraver la situation.

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